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SOULEYMAN

« Mes frères ont besoin de savoir que ce chemin est celui du sacrifice. Vous ne savez pas comment vous allez mourir, mais il est probable que cela se produise. »

Gambie

« Quand j'ai quitté la Gambie, en raison de la situation politique dans mon pays, c'était difficile de trouver du travail. Je ne pouvais pas me permettre de continuer mes études alors j'ai décidé d'aller en Europe, mais j'étais malchanceux en chemin. J'avais été encouragé par mes amis qui avaient tous réussi à rejoindre l’Europe, mais cela n’avait jamais été mon souhait. Arrivé à Agadez, j’avais déjà commencé à perdre tout espoir. 

Après presque 2 mois sur le chemin de la Libye, je suis arrivé à Tripoli pour prendre un bateau et faire la traversée vers l’Europe. Vers 22h, notre bateau est tombé en panne. Le bateau de sauvetage est venu nous ramener sur la côte, puis ils nous ont emmenés en prison à Griana. Nous étions plus de 100 personnes. Ils nous donnaient un pot de lait et un morceau de pain chaque jours à minuit comme seule nourriture pour les prochaines 24 heures. Tous les deux jours une nouvelle personne mourait. J'ai passé presque 3 mois là-bas jusqu'à ce qu'ils décident de déplacer certaines des personnes dans une autre prison à Sabha. C’est seulement 4 mois après, quand ma famille a payé, que j’ai pu être libéré.

Après ma sortie, j'ai travaillé  pendant 4 mois pour économiser  assez d’argent et retourner à Tripoli. C'était ma deuxième chance d'aller en Europe. Nous avons passé presque un mois en transit à Tripoli jusqu'à ce que le temps soit suffisamment stable pour traverser. Sur notre chemin, le moteur s’est arrêté parce que l'essence s’était mélangée à l'eau. Nous sommes restés bloqués sur la mer pendant quatre jours. Des pêcheurs nous ont capturés  et nous ont amenés en prison à Zavia où cette fois-ci, je suis resté 4 mois.

Ils nous ont fait appeler nos familles pour demander de l'argent en échange pour notre libération. Mes parents m'ont dit de revenir en Gambie dès ma libération. Certains de mes amis n'avaient même pas un numéro où contacter leurs familles. Ils pensaient qu'ils seraient en contact avec leurs familles une fois arrivés en Europe. Pour eux, c’était impossible de sortir parce qu'ils n'avaient personne qui puisse payer pour eux. Vous ne payez pas, vous ne sortez pas.

La nourriture était un combat quotidien. Pour obtenir de la nourriture, vous avez besoin d'argent, et pour avoir de l'argent, vous devez travailler. Cependant, le travail est une affaire risquée. Sur le chemin du travail, ils peuvent vous voler ou même pire, vous tuer. Une fois, sur le chemin du retour pour le ghetto avec mon ami, nous avons été attaqués. Ils l’ont abattu. Je l’ai ramené au ghetto et quelqu'un a réussi à emmener son corps à l’hôpital. Son corps est resté là une semaine avant qu’ils se décident de l'enterrer. Après avoir assisté à ses funérailles avec son frère cadet, j'ai appelé ses parents pour leur faire savoir ce qui s'était passé, et ils nous ont demandé de revenir.

Les choses que j'ai vues en Libye sont une leçon de vie précieuse pour moi. Les gens sont différents - certaines personnes deviennent folles à cause des choses qu’elles ont vécues en Libye. Je ne veux pas être une perte pour  ma famille ou mon pays. Peut-être que je peux devenir quelqu'un une fois de retour, aider mon pays à se développer, mais je dois être en vie afin que cela se produise. Mes frères ont besoin de savoir que ce chemin est celui du sacrifice. Vous ne savez pas comment vous allez mourir, mais il est probable que cela se produise. Restez dans notre pays et nourrissez-vous de ce que nous avons. »

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