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ERNEST

« Nous avons dû enterrer tellement de personnes. Comme je creusais leurs trous, je prévoyais aussi le mien. »

Nigéria

« La route du Nigeria à la Libye était terrible. Le chauffeur nous a dit que la route n'était pas bonne et nous avons dû attendre. Nous avons été bloqués dans le désert pour les trois semaines suivantes, sans nourriture, eau ou ombre. Nous étions 30 quand nous sommes partis, mais seulement 5 d’entre nous ont survécu. Certains buvaient leur urine pour survivre. Nous avons dû enterrer tellement de personnes. Comme je creusais leurs trous, je prévoyais aussi le mien.

Quand nous sommes finalement arrivés en Libye, nous avons été emprisonné à Sabha tout de suite. Ils m'ont demandé de payer, mais j'avais déjà payé mon voyage pour Libye quand j'ai quitté le Nigeria. Ils ont dit qu'ils n'avaient pas reçu l'argent, alors ils m'ont enfermé dans une chambre et m'ont frappé avec des tuyaux et des fils électriques tous les jours pendant les 8 mois qui ont suivi.

Nous étions plus de 100 personnes entassées dans une petite pièce. J'ai vu des gens mourir pendant que j'étais là, y compris deux de mes amis, de tous les coups et de la famine. Je n'avais ni nourriture, ni eau, et pas d'argent pour sortir. Je voulais demander de l'aide à quelqu'un, mais je n'avais pas le numéro de mes parents.

Des mois plus tard, j'ai réussi à accéder à Facebook et à demander leur numéro à quelqu'un. Mes parents étaient très fâchés au début et voulaient me renier. Ils n'avaient aucune idée de l'endroit où je me trouvais, ni du fait que j'étais parti pour l'Europe. Quand je suis parti, mon passeur m'a dit de ne dire à personne où j'allais. Mes parents m'ont dit de rentrer chez moi le plus vite possible.

Finalement, avec l'aide de notre communauté, mes parents ont réussi à rassembler de l'argent et payer la rançon. Durant l'année suivante, j'étais dans la rue en train d'essayer de survivre et de trouver l'argent pour rentrer à la maison. J'ai travaillé comme soudeur pour un homme arabe qui ne m'a jamais payé. Je voulais partir, mais je n'avais pas le choix parce qu'il menaçait de me tuer si j'osais lui désobéir. C'est le genre de vie que les noirs ont en Libye.

Quand je suis sorti de prison, j'ai été choqué de voir autant de femmes contraintes à la prostitution, utilisées comme esclaves sexuelles. Ce n'est pas le travail qu'elles pensaient faire quand elles sont parties. Certaines d'entre elles ont perdue la vie à cause de cela. La plupart d'entre elles ne reçoivent même pas un appel téléphonique pour demander une rançon. Personne n'est là pour écouter leurs appels à l'aide. Certains d'entre elles pleurent toujours à ce jour.

Quand j'ai finalement réussi à m'échapper, je me suis dirigé vers Agadez. Sur notre chemin, notre voiture est tombée en panne et nous avons rejoint un convoi qui revenait de la Libye au Niger. Les quelques objets de valeur que j’avais sont restés avec le chauffeur dans le désert. Une fois arrivé à Agadez, je me suis à nouveau retrouvé dans la rue. Un jour, quelqu'un m'a approché et m'a demandé si je voulais rentrer chez moi et m’a parlé de l'OIM.

Ici, au centre de transit, je sens que je suis déjà à la maison. Je vois mes compatriotes nigérians, nous jouons et rions ensemble; Je ressens l'amour fraternel. Je suis heureux aujourd'hui et j'espère que mes parents le seront aussi lorsqu'ils me verront. Pendant que j'étais dans le désert, j'ai continué à penser à eux et à demander pardon à Dieu. Ils ont tellement souffert pour me garder à l'école et c'est ainsi que je les rembourse. Je veux rentrer et ouvrir un atelier de soudure, et les rendre fiers. »

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